31 juillet 2008
Surexposition photographique
Surexposer un dessin, en mordant sur les contours, et en réduisant le modelé, ce n'est pas par une technique graphique qu'on peut y arriver, mais plutôt par l'estompe, par le lavis, et par beaucoup de retenue. En photographie, par contre, certains artistes ont fait leur spécialité de la surexposition. Je vous en présente deux: Paolo Roversi et Alexander Shakhabalov.
Paolo Roversi est assez connu pour ses modèles très minces (mannequins de mode, en fait), qu'il a ainsi photographiées il y a une quinzaine d'années maintenant. Ces photographies donnent l'impression de voir une image en cours d'effacement, où ne se voient plus nettement que le contour des yeux, la masse de chevelure et le pubis. D'ailleurs il joue sur le contraste entre le corps qui se confond avec le fond blanc, et la pilosité, qui devient beaucoup plus sombre du fait d'un contraste forcé. En effaçant le corps, il réalise en fait un portrait de cheveux et de poils, réduits à une masse sombre.
Alexander Shakhabalov, voyez ci-dessous, a réalisé des photos qui semblent très proches, mais qui ne visent pas le même objectif. Il s'agit maintenant d'un jeu de surexposition, et pas d'un "excès" de contraste. La photographie ne perd pas de sa netteté, mais nous présente souvent plusieurs versions d'un même cadrage, serré et presque abstrait, qui s'efface par surexposition ou par sous-exposition progressive. Les cadrages serrés, déjà presque abstraits, deviennent très épurés et énigmatiques. Ce ne me semble pas n'être qu'un jeu formel, car j'y vois une démarche d'effacement, que je trouve intéressante. Par ailleurs, son travail est assez varié, et semble chaque fois exprimer le calme, le silence, l'attente, ou la disparition.
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